Bertrand FLACHOT

La Galerie est ouverte du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à19h

DU 6 NOVEMBRE AU 4 DECEMBRE 2014

Bertrand FLACHOT

Bertrand FLACHOT

13
déc

BERTRAND FLACHOT

« juste au dessus de la ligne de flottaison »

Exposition du 6 Novembre au 4 décembre 2014

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PRESS RELEASE – Téléchargez/Visualisez le Dossier de presse de l’exposition personnelle qui aura lieu en novembre 2014  :B.FLACHOTDDP[1]

Texte de François de Coninck pour l’exposition personnelle de novembre 2014 édité dans le catalogue d’exposition:

Juste au-dessus de la ligne de flottaison

Dans le vocabulaire de la marine, la ligne de flottaison désigne le trait qui sépare la partie immergée de la coque d’un navire – les œuvres vives – de sa partie émergée – les œuvres mortes. Les œuvres que Bertrand Flachot présente cet automne à la galerie Felli sont, elles, plutôt vives : elles nous immergent dans la douce ambiguïté formelle qui caractérise son univers plastique. Ici, lignes et traits suivent, en les accentuant, les méandres de la mémoire des lieux traversés dans Paris – ce Paris sans fin de Giacometti auquel il rend incidemment hommage. Une mémoire liquide comme de l’eau, fluide conducteur d’un geste graphique qui délie, en le faisant remonter du fond du fleuve, le double sédiment étymologique du mot graphein : dessiner et écrire. Ainsi, le titre donné par l’artiste à cette nouvelle série de travaux nous donne des indices en cascade au sujet de ce qui s’écoule au fil de ces images des bords de Seine. Celles-ci évoquent plus précisément un double trajet, dans l’espace et dans le temps, dont les tracés se rejoignent, se superposent et s’entremêlent à la surface satinée de la feuille de papier : là où la Seine – la sienne : celle dont les berges s’effilochent comme les franges du souvenir – est le confluent du passé et du présent. Car Bertrand Flachot dessine inlassablement le second pour tenter de récrire le premier, parti en cendres en ce jour de février 1990 où toute sa production artistique fut décimée dans l’incendie de son atelier du Quai de la Seine. De son travail, comme du trajet en bord de fleuve associé à cette période de sa vie, il ne lui reste que des images mentales. Mais loin de s’être dissipées au fil des jours, l’artiste a éprouvé leur étrange pouvoir de survivance, dont ses œuvres rendent compte, une nouvelle fois, avec soin. Comme le pensait Aby Warburg, les images sont des fantômes capables de traverser les frontières de l’espace et du temps ; c’est de cette façon qu’elles durent dans nos mémoires. Ce balayage sans fin de l’espace de la photographie auquel Bertrand Flachot se livre nous parle ainsi de la migration des images mentales, ces griffures de fantômes qui prennent sans cesse de nouvelles formes dans le réel.

Dans la vie, on le sait, il ne suffit pas de tirer un trait pour séparer nettement ce qui est mort de ce qui est vivant : la ligne de flottaison, en l’occurrence, est trouble, évanescente, espiègle et mouvante. Par suite, l’art n’est véritablement à l’image de la vie que s’il nous donne à voir et à penser l’interpénétration, l’incorporation mutuelle, sinon l’étrange et mystérieuse parenté des œuvres vives et des œuvres mortes dans le sillage de notre histoire.

 Just above the waterline

In nautical terminology, the waterline refers to the line separating the submerged section of the hull of a ship – the quickworks – from the section above water – the topsides (literally the “live” works and “dead” works in French). The works which Bertrand Flachot is presenting this autumn at the Felli Gallery are very much alive; they immerse us in the soft formal ambiguity which is the hallmark of his aesthetic world. Lines and strokes trace and highlight the meanders of the memory of areas which have been crossed in Paris, in a manner reminiscent of Giacometti’s Paris sans fin (Paris without end) to which he pays a passing tribute. This memory, as liquid as water, is the fluid guiding the graphic touch which releases the double etymological sediment of the word graphein – drawing and writing – by dredging it up from the river bed. The title given by the artist to this new series of works therefore provides a string of clues about what flows out of all these images of the banks of the Seine. More specifically, they depict two journeys in time and space whose routes cross, overlap and mingle on the glossy surface of a sheet of paper, where the Seine – his very own river, whose banks fray like the fringes of memory – represents the confluence of past and present. Bertrand Flachot tirelessly draws the present in order to try to rewrite the past, which went up in smoke one day in February 1990 when all his artwork was destroyed by a fire in his studio on the Quai de la Seine. All that remains of his work, and the route along the river associated with that period in his life, are mental images. However, far from becoming diffuse with the passage of time, they have allowed the artist to experience their mysterious survival instinct, which is carefully illustrated in his work once again. Aby Warburg believed that pictures are ghosts capable of crossing the boundaries of time and space, thus explaining how they survive in our memories. Bertrand Flachot’s constant scanning of the photographic space therefore reveals the migration of mental images, those ghostly scratchings which continuously assume new shapes in the real world.

We are aware that in life it is not enough to draw a line to clearly separate the living from the dead; the waterline is actually blurred, fleeting, mischievous and mobile. Art therefore only truly mirrors life if it makes us see and imagine interpenetration, mutual inclusion, and the strange and enigmatic relationship between “living” and “dead” works – the quickworks and topsides – in the slipstream of our history.

 

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OEUVRES exposées en ce moment à la galerie jusqu’au 4 décembre 2014


OEUVRES  exposées en 2012 pour l’exposition « remise en ligne » DISPONIBLES EN GALERIE  (TIRAGES / 4 EXEMPLAIRES)

 

OEUVRES IN SITU  ( Pièces uniques  –  Espaces publics et privés )

Texte de Charlotte Waligora pour l’exposition personnelle de novembre 2012 édité dans le catalogue d’exposition :

RE-MISE EN LIGNES

Serge Hartman avait parlé d’une « technique de la révélation »  et d’une « ambiguïté formelle » à propos du travail du plasticien Bertrand  Flachot. Le photographe-dessinateur a longtemps travaillé sur fond  noir avant de laisser la part réservée au dessin prendre  le pas sur l’image photographique d’un paysage, d’un arbre, ou bien d’un nid. De la  genèse d’une œuvre polymorphe à son épanouissement actuel, trente années se sont écoulées. Au crépuscule des années 1970, diplômé de  l’Ecole Nationale des Arts Décoratif (1973-78), Bertrand Flachot s’intéresse tout particulièrement à la scénographie de la vie  quotidienne sous la direction d’Hervé Fischer et de l’Ecole d’Art  Sociologique fondée quelques années auparavant. Tout en se rapprochant du Body Art, de la performance, de Michel  Journiac et d’Hermann Nitsch, il persévère à pratiquer la peinture – éclairé par le rapport éminemment physique que Jackson Pollock entretenait avec l’art de la peinture – et la photographie. Le besoin de se confronter au réel constituera une valeur constante dans l’œuvre de l’artiste : le geste et l’occupation de la surface et de l’espace s’imposent dès cette époque comme action précédant à toutes ses  créations. Dans l’atelier du Quai de la Seine qu’il occupe jusqu’en 1990,  il imagine pas à pas une transformation dans la façon d’exposer et de  présenter la peinture, expérimente l’éclatement des formes et la  synthèse des médiums. Il réalise un premier cube peint, en volume, en 1988/89. La peinture est ainsi mise en espace, valorisant le temps même de sa réalisation. Ces espaces/cubes peints de grandes dimensions sont ensuite photographiés, les photographies étant à leur tour distinctement présentées. Une reproduction photographique de ces  installations picturales sera d’ailleurs exposée au salon de Montrouge  en 1985. Cette production disparaît, désastreusement, dans un incendie  en février 1990. La genèse de l’œuvre, des années de travail, de  recherches et d’archives disparaissent ainsi.

Il s’installe en Seine et Marne cette année-là, au cœur de la campagne de son enfance, en Seine et Marne. Il y investit un territoire boisé  proche d’un nouvel atelier, terrain où il éprouve le désir de travailler en  alliant une recherche initialement picturale à un travail physique d’entretien de la terre au rythme des saisons, observant les mutations  du paysage, des arbres et des sous-bois, des entrelacs, des branchages  et des ronces.

Ce lieu, réminiscence de l’atelier parisien, devient un «  laboratoire » avec lequel il entretient un lien intime extrêmement  fort. C’est ce terrain boisé que Bertrand Flachot photographie depuis, tout en complétant la réalité du paysage par le trait, prolongeant ainsi l’instant particulièrement court de la prise de vue  photographique par celui, beaucoup plus long, du dessin. Deux instants  distincts seront ainsi fixés sur le champ photographique souvent  soumis à l’art de l’installation

L’avènement du numérique lui permet de renouer, à partir des années  2000, avec ses principes originels de transversalité des supports et des médiums, tels qu’il les avait initialement envisagés, invitant l’artiste à réaliser au-delà des tirages classiques, de nouveaux cubes où se répandent ses compositions photo-dessinées. Son désir d’investir l’espace, de le reproduire et de le prolonger prend forme avec le container intitulé Transfert, réalisée en 2011, commandé par le Centre d’Art Contemporain du Luxembourg Belge. À titre d’exemple, Les Rets, projet d’ensemble de 365 panneaux photographiques  sous diasec de 31 x 41 cm – chacun correspondant à une journée, qu’il peut décliner à l’infini et qui peuvent être présentés de manière parfaitement aléatoire – sont définis par l’artiste comme des « pièges  à visions, formés de filets de traits entremêlés, d’un réseau de  maille. » En juxtaposant plusieurs prises de vue et plusieurs états  toutefois unifiés par le geste et le trait, il défragmente le réel pour réinventer la nature en la magnifiant d’un trait aux apparences de cheveux d’anges et dans des espaces entremêlés où la lumière, changeante, captée, joue un rôle irradiant.

 

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